samedi 17 juin 2017

mardi 6 juin 2017

Supériorité de l'ennui — 22


Les habitués de ma page doivent se demander pourquoi je n’y ai rien publié depuis plusieurs semaines. Ce n’est pas tout à fait le cas. J’y ai affiché des «comics retournés» de Gabriela Manzoni qui fut jadis mon élève et sur qui j’ai, dit-elle, exercé une influence dont elle ignore si elle fut bonne ou mauvaise… Le lecteur se fera une opinion en achetant son album paru chez Séguier (clic). Maintenant, je ne suis pas resté tout ce temps improductif. M’ayant pris au mot quand j’évoque la supériorité de l’ennui — sa fécondité en matière de méditation — des éditeurs, des directeurs de magazine et de revue m’ont passé commande de textes. J’ai dû m’atteler pour Philosophie Magazine à deux articles. L’un, érudit, est consacré à Gaston Lagaffe, l’autre, direct, vise le snobisme du brumeux chez les philosophes comme chez leurs lecteurs. Pour les Cahiers dessinés, dirigés par Frédéric Pajak, j’ai rédigé l’éloge de Micaël en guise de préface de son prochain ouvrage — à paraître en octobre prochain. D’autres tâches de ce type m’ont été confiées. Je les honorerai avec plaisir. Je vois dans l’écriture de textes brefs une façon de composer mes Parerga et Paralipomena personnels. Mon opus magnum sera pour une autre vie.    

mardi 9 mai 2017

Otium cum litteris — III



J’ai reçu la revue Grand Trouble conçue et publiée aux Cahiers dessinés par mon ami Frédéric Pajak. On y découvre ou retrouve des photographes, des peintres, des dessinateurs qui font partie de sa bande ou de son club de cœur. On y lira le passionnant entretien donné par le cinéaste Habbas Fahdel — auteur du film Homeland-Irak, année zéro. On s’arrêtera aussi sur des articles aux thèmes variés. Pajak signe un pamphlet contre le snobisme moderniste de la fin de la peinture, Michel Thévoz évoque les liens qui relient l’art, l’argent et la mort, Patrick Declerck fait l’éloge des clochards, Philippe Garnier se livre à une phénoménologie du bâillement, Matthieu Gounelle conte la mélancolie des météorites, Delfeil de Ton met en scène les clowns Palomar et Zigomar, Jacques Roman se rappelle les paires de chaussures de sa vie, Julie Bouvard rend hommage à Gogol, Jean-Paul Demoule se demande si nos déchets actuels ne seront pas des trésors demain, Jean-Baptiste Harang explicite le mot «trouble», Christophe Diard parle de l’exil de Gombrowitz, Michael Stokes disserte sur l’assourdissement, Jacques Vallet présente le peintre torturé Uroch Tochkovitch. Quant à moi, je confesse ma nostalgie de l’âge d’or de la soumission — de ce temps où les arabo-musulmans civilisaient le monde occidental judéo-chrétien. Grand Trouble se présente comme une publication de belle facture, très intellectuelle, très artistique, très raffinée. On peut l’acheter en librairie ou à l’occasion du vernissage public qui aura lieu le 11 mai à la Halle Saint-Pierre — 2, rue Ronsard à Paris dans le 18e arrondissement. L’exposition des œuvres originales, photographies, dessins et tableaux, durera jusqu’au 30 juillet 2017. (CLIC)      
     

vendredi 28 avril 2017

Supériorité de la pêche


Mes compatriotes sont sommés de voter pour un libéral qui, comme le dit l’excellente Aude Lancelin (clic), désire «pour la France un destin de ”start up nation” peuplée de benêts rêvant de devenir milliardaires», ou pour une identitaire franchouillarde «entourée, comme le dit mon non moins excellent ami Tristan, de Collard, de Ménard, et autres "…ards" ». J'ajouterais: ou pour celle qui a tué son papa, ou pour celui qui a épousé sa maman. Dans ce contexte électoral trop œdipien pour moi, je me contenterai de voter pour l’abstention.  

samedi 25 mars 2017

Supériorité de l'ennui — 21


L'effet Spinoza

Je n’achète pas Philosophie magazine. Je le feuillette en rayon à la petite maison de la presse en bas de chez moi. Dans le dernier numéro, mon ami Raphaël Enthoven révèle que Spinoza, auteur qu’il découvrit quand il passa l’agrégation, lui a appris à aimer le monde. Avant ce concours, entre le monde et lui, les rapports étaient-ils tendus? Raphaël reste discret à ce sujet. L’important est de savoir qu’à sa joie d’être reçu, s’ajouta celle d’accéder à l’amour intellectuel du monde. Ayant également lu jadis Spinoza, je ne contesterais pas l’effet bénéfique, toutefois différent, que produisait sur moi son Éthique démontrée selon le mode des géomètres. À peine en tournais-je deux ou trois pages que je sombrais dans un sommeil proche du coma dont la vertu était, le temps qu’il durait, non pas de me faire aimer le monde, mais de m’en foutre absolument.

Les esprits sérieux regrettent que l’affaire Fillon empêche que l’on parle des programmes des candidats. Peu me chaut le programme de tel ou tel candidat. En revanche, l’affaire Fillon me divertit beaucoup. Je la suis comme une série télévisée. Je trouve Hollande très bon. Lui que ses ennemis ont appelé par cécité Flanby est un maître de la duplicité et du sale coup. Le dernier mitterandien, peut-être. Liquider si vite et avec tant de cruauté le candidat de la droite! Un régal! Mais la saison 1 n’est pas finie. Hollande envoie ses proches gonfler les rangs de Macron, son poulain, afin de castrer Hamon, d’en finir avec le PS des frondeurs, et de refonder un centre gauche. Bien joué! Il laisse Marine jouer sa partition de sorte que les citoyens apeurés se portent par réflexe au vote utile. Bien pensé! La saison 2 commencera après l’élection de Macron, avec les législatives. Hollande sera-t-il encore à la manœuvre? Suspense!

De Giuseppe Rensi j’avais lu, sur les conseils de Michel Polac, sa Philosophie de l’absurde (Allia). Son hostilité à l’idée d’un sens de l’histoire, son pessimisme foncier, sa pensée du hasard, furent ses laisser-passer pour entrer dans mon club de penseurs de prédilection. En ce moment, du même, je lis Contre le travail (Allia). Gianfranco Sanguinetti en a écrit la préface. Rensi pré-situationniste? Héritier de Machiavel et de Hobbes, partisan d’un État fort, le philosophe aurait ricané de thèses contestataires reposant sur un optimisme historique. 

dimanche 12 mars 2017

Supériorité de l'ennui — 20


Au XVIIIe siècle, pour être invité dans le monde, il fallait avoir la réputation d’une personne de «bonne compagnie», passer pour un esprit cultivé mais ennemi de la pédanterie, savoir plaisanter de tout mais avec tact, ne jamais se plaindre sauf à se prendre en dérision. La mauvaise humeur était proscrite, ainsi que l’esprit querelleur ou le ton vindicatif. Les hommes ne devaient pas perdre de vue qu’ils évoluaient sous le regard des femmes créditées, quelle que soit la liberté de leurs mœurs, de sensibilité et de pudeur, et ces dernières avaient obligation d’éviter toute coquetterie marquée. On pouvait être vache, entreprenant, cabotin, mais avec mesure, cette manière qui donnait un lustre aux autres manières. Tout cela pour dire que le XVIIIe siècle a été décapité à la Révolution — et, aussi, que l’atrabilaire que je suis n’eût jamais été reçu dans le monde. Pour reprendre un mot de Chamfort, je n’aurais pas accepté un instant de me laisser enseigner des choses que je sais par des gens qui les ignorent.